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MESSAGE D’IDA GRINSPAN POUR LA JOURNEE NATIONALE DU SOUVENIR

DES VICTIMES DE LA DEPORTATION

 

 

J’ai été, par précaution, envoyée dans les Deux Sèvres alors que j’avais 10 ans, par mes parents inquiets et soucieux que je grandisse loin de la capitale.

Je suis donc arrivée dans une famille, chez ma nourrice Alice et son mari Paul  et auprès de Madame Picard, ma maîtresse d’école à qui je dois ce que je sais ; je pars non pas pour me cacher mais pour me réfugier ! J’ai été très bien accueillie et je suis allée à l’école communale, j’ai passé mon certificat d’étude. J’étais heureuse, même si je m’inquiétais pour mes parents restés à Paris. Maman  malheureusement a fait partie de la rafle du Vel' d’Hiv en juillet 42 ;   je vivais sans racisme, sans antisémitisme de la part des voisins, de mes amies de classe et des habitants du village ! J’étais la petite juive, voilà tout.

 

Une armée victorieuse, mais en passe d’être vaincue, et qui ne trouve rien de plus urgent que d’intimer l’ordre à ses vaincus d’aller dénicher une petite juive des Deux Sèvres pour l’expédier dans l’enfer d’Auschwitz ! La patrie des Arts menant une guerre à mort contre une enfant parmi des milliers d’autres pour le seul crime d’être née !...

J’ai été arrêtée le 31  janvier 1944 par 3 gendarmes,  l’inhumanité même , de ces 3 hommes, le chiffre 3 , chiffre impair qui montre bien la détermination d’être solidaires, de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas m’emmener,  moi si jeune, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive !

Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des Allemands,  3 gendarmes français, ont obéi aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire : d’abord le camp de Drancy, puis  l’enfer  d’un voyage de 3 jours dans un wagon à bestiaux,  plombé , avec des hommes, des femmes et des enfants pour arriver aux camps de la mort, c’était ça la Déportation. C’était un voyage terrible, où l’on devait apprendre à vivre ensemble, à faire ses besoins dans une tinette qui a débordé au bout de quelques jours, de vivre dans la saleté et le manque d’air !

On se disait que  le pire était  derrière nous mais, en fait, il était devant nous. Quand le wagon s’est ouvert, un comité d’accueil allemand, avec chiens et hurlements, nous attendait pour la sélection. Je me souviendrai toute ma vie de ces hommes et femmes, enfants, vieillards qui sont partis dans des camions, pour les chambres à gaz. Moi, j’ai eu la chance si l’on peut dire, d’entrer dans le camp pour y travailler avec tout ce que l’on sait de la vie quotidienne dans les camps : nous étions des numéros, et non des êtres humains. La déportation, c’est aussi un programme de déshumanisation  organisée par le régime nazi.

 

La barbarie s était  glissée, cette nuit d’hiver, dans un hameau que tout destinait au sommeil heureux des lieux oubliés par l’Histoire. Oui j’ai donc connu  jusqu’à mes 14 ans  une vie loin des fracas de la guerre, des privations de nourriture, des rafles, de l’ostracisme du gouvernement de Vichy et derrière tout cela le totalitarisme nazi  organisait l’éradication du peuple juif.

 

IDA GRINSPAN, texte spécialement écrit pour le 25 avril 2010

 

 

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